Après la publication de son recueil de nouvelles « À ce bruit délicat s’ajoute une musique pénétrante », Agathe entre en classe d’hypokhâgne puis de khâgne à Louis-le-Grand. Elle met alors entre parenthèses la pratique théâtrale qu’elle menait dans la classe libre du conservatoire de Marseille. Elle sort ensuite diplômée d’un Master de littérature de l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales. En parallèle de sa dernière année de master, elle commence une formation de chant lyrique, qu’elle poursuit actuellement au conservatoire Claude Debussy à Paris.

https://www.instagram.com/songe_dune_nuit_dete/

L’INSATISFAITE

 Julia est au volant d’une décapotable rouge depuis trop longtemps. Certes elle aime sentir le vent faire voler ses cheveux dans un mouvement indomptable et voir le soleil inonder le parebrise au tournant, mais trop, c’est trop, et elle décide de quitter cette voiture sportive pour un modèle plus tranquille. Plus ancien, mais plus tranquille.

Elle choisit une torpédo verte avec un grand volant en bois. Les sièges profonds lui rappellent ceux du salon de sa grand-mère Eléonore. Enfant, elle adorait s’y lover pour l’écouter raconter des histoires. Histoires de voyages qui l’emmenaient au bout du monde, sur des routes poussiéreuses, pleines de lacets et de montées, suivies de vertigineuses descentes à flan de montagnes. Cette torpédo est la réplique exacte d’un modèle anglais qui a connu paraît-il une belle carrière commerciale aux Indes. Sa couleur évoque celle des forêts tropicales que sa grand-mère avait explorées au bras d’un amour de jeunesse. Mais il manque l’odeur de jasmin du parfum d’Eléonore. Elle quitte la Torpédo.

Elle s’installe alors dans une voiture américaine. Rose, avec des ailes immenses surmontées de feux rouges en pointe. Une large banquette occupe toute la largeur et le volant, blanc, est exagérément grand. Le compteur de vitesse, gravé en miles, est tout rond et son aiguille rouge la captive. Elle s’imagine longeant une plage bordant l’océan Pacifique, à l’ombre intermittente des palmiers qui se balancent lentement au rythme d’un chaud vent de terre. Julia se demande dans quel film elle a vu cette voiture, puis, ne trouvant pas, elle la quitte.

Une jeep tout droit sortie des pistes sahariennes, l’attend en silence. Elle est recouverte d’autocollants publicitaires colorés de sponsors désuets. C’est ce qui plait à Julia. Retourner en enfance et sentir filer l’air chaud du désert sur sa peau encore blanche au sortir de l’hiver. Pour en profiter pleinement, elle ne prend pas le volant mais s’installe à l’arrière sur une toute petite banquette en bois. Elle est prête à découvrir les grandes étendues de sable jusqu’à l’infini. Julia a soif. Nulle oasis à l’horizon.

Elle saute par-dessus bord et s’installe aux commandes d’une moto équipée d’un side-car. Cette machine est noire. Le cadre, le réservoir, le side-car, les sacoches, les roues, tout est noir, ce qui met en valeur les chromes étincelants. Les lumières de la ville y projettent milles feux. Rouges, vertes, jaunes, violettes, bleues ! Rouges, vertes, jaunes, violettes, bleues ! C’est un feu d’artifice. Tout à sa joie, Julia klaxonne et crie de plaisir.

Julia reprend le volant de la décapotable rouge. Puis décide qu’elle y est depuis trop longtemps. Certes elle aime sentir le vent faire voler ses cheveux dans un mouvement indomptable et voir le soleil inonder le parebrise au tournant mais trop, c’est trop et elle délaisse cette voiture sportive pour un modèle plus tranquille. Plus ancien, mais plus tranquille.

Elle choisit à nouveau la torpédo verte avec un grand volant en bois. Aux sièges profonds qui lui rappellent ceux du salon de sa grand-mère Eléonore. Ceux dans lesquels elle adorait se lover pour l’écouter lui raconter des histoires. Histoires de voyages qui l’emmenaient au bout du monde, sur des routes poussiéreuses, pleines de lacets et de montées suivies de vertigineuses descentes à flan de montagnes. Cette torpédo est vraiment la réplique exacte d’un modèle anglais qui a connu parait-il une belle carrière commerciale aux Indes. Sa couleur évoque celle des forêts tropicales que sa grand-mère aurait explorées au bras d’un amour de jeunesse. Mais il manque l’odeur de jasmin du parfum d’Eléonore. Elle abandonne à nouveau la Torpédo.

Elle s’installe alors dans la voiture américaine. Rose avec des ailes immenses surmontées de feux rouges en pointe. Une large banquette occupe toute la largeur et le volant, blanc, est exagérément grand. Le compteur de vitesse gravé en miles est tout rond et son aiguille rouge la captive. Elle s’imagine longeant une plage bordant l’océan Pacifique, à l’ombre intermittente des palmiers qui se balancent lentement au rythme d’un chaud vent de terre. Julia ne retrouve toujours pas dans quel film elle a vu cette voiture puis, définitivement, elle la quitte.

Une jeep toute droit sortie des pistes sahariennes, l’attend en silence. Il faut dire qu’elle est couverte d’autocollants publicitaires colorés de sponsors désuets. Julia aime beaucoup ça. Retourner en enfance et sentir filer l’air chaud du désert sur sa peau encore blanchie par l’hiver. Pour en profiter pleinement elle ne prend pas le volant mais s’installe à l’arrière sur une toute petite banquette en bois. A droite cette fois. Elle est prête à découvrir les grandes étendues de sable jusqu’à l’infini. Julia a soif. Nulle oasis à l’horizon.

Elle saute par-dessus bord et s’installe aux commandes de la moto équipée du side-car. Cette machine est noire. Le cadre, le réservoir, le side-car, les sacoches, les roues tout est noir, ce qui contraste avec les chromes étincelants. Les lumières de la ville y projettent milles feux. Rouges, vertes, jaunes, violettes, bleues ! Rouges, vertes, jaunes, violettes, bleues ! Rouges, vertes, jaunes, violettes, bleues ! C’est un feu d’artifice. Mais cela ne l’impressionne plus.

Lassée, Julia descend du manège.

© Copyright - Bruno Manuel
error: Ces contenus sont protégés.